« Un leadership déterminé et une action concertée sont nécessaires pour éradiquer la pandémie de la discrimination raciale »
La veille de la Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale semble un moment opportun pour organiser une rencontre entre les syndicats du Royaume-Uni dans le cadre de la Conférence des travailleur·euse·s noir·e·s du Trades Union Congress (TUC), afin de développer un programme progressiste contre le racisme à la date anniversaire du premier confinement national lié au coronavirus. Au cours de l’année écoulée, le pays a plongé dans un état d’urgence au niveau sanitaire, au niveau économique ais aussi en termes de justice raciale. La pandémie et la réponse du gouvernement à cette dernière ont rouvert les profonds stigmates du racisme structurel qui continue de frapper et de corrompre notre pays et notre économie.
Les travailleur·euse·s et les communautés noir·e·s durement touché·e·s par la pandémieLe racisme structurel continue de léser ces communautés et de limiter l’espérance de vie. Les chiffres révèlent une sombre réalité : les communautés noires enregistrent les taux les plus élevés de décès dus à la COVID-19. Elles ont été systématiquement négligées par les mesures du gouvernement, qui étaient censées nous protéger tou·te·s face à la pandémie. L’analyse réalisée par le TUC montre que le taux d’emploi des travailleur·euse·s noir·e·s a chuté de 5,3 % au cours de l’année écoulée, contre 0,2 % pour les travailleur·euse·s blanc·he·s. La baisse de l’emploi lors de la pandémie a été 26 fois plus élevée chez les travailleur·euse·s noir·e·s que chez les travailleur·euse·s blanc·he·s. Environ 1 travailleur·euse noir·e sur 12 se trouve désormais sans emploi, contre 1 sur 22 parmi les travailleur·euse·s blanc·he·s. Les travailleur·euse·s noir·e·s à Londres enregistrent un écart de rémunération lié à leur origine ethnique de 24 %. Les travailleur·euse·s noir·e·s sont nettement plus susceptibles d’occuper des emplois précaires, très souvent via des contrats zéro heure ou du travail intérimaire.
Les femmes noires ont deux fois plus de chances que les femmes blanches d’être touchées par l’insécurité de l’emploi. Elles étaient par ailleurs moins susceptibles de bénéficier d’une protection financière lors de la pandémie. Il est affligeant de constater que les femmes noires ont toujours quatre fois plus de risques de mourir au cours d'une grossesse ou d'un accouchement. La pandémie de COVID-19 a révélé de manière encore plus flagrante cette disparité. Les jeunes d’origine noire sont plus susceptibles d’être au chômage que les blanc·he·s, et ce à tous les niveaux de qualification. Àl’instar de ce qui s’est passé dans les années 1980 sous le gouvernement de Margaret Thatcher, les jeunes noir·e·s sont à nouveau confronté·e·s à la perspective bien réelle d’être laissé·e·s pour compte, à moins que des mesures déterminées et concertées ne soient prises afin de s’assurer que la réponse du pays à la pandémie garantisse la justice raciale. Dans le système éducatif, nous avons constaté que le racisme systémique continue de détériorer les conditions de vie des enfants noirs. Les garçons noirs ont trois fois plus de risques d’être exclus des écoles, trois fois plus de risques de se retrouver au chômage et sont plus susceptibles de finir en prison. En outre, les femmes noires sont victimes de discriminations multiples – elles ont deux fois plus de risques d'avoir des emplois précaires et effectuent des tâches plus dures et moins sûres par rapport à leurs homologues blanches. Il est scandaleux de constater que, depuis le début de la pandémie, les travailleur·euse·s noir·e·s ont été confronté·e·s deux fois plus souvent que les travailleur·euse·s blanc·he·s aux pratiques de « licenciement et réembauche » de certains employeurs : 1 travailleur·euse noir·e sur 7 a été informé·e par son employeur qu’il·elle risquait de perdre son emploi s’il·elle n’acceptait pas de moins bonnes conditions de travail, contre 1 travailleur·euse blanc·he sur 13. Les travailleur·euse·s noir·e·s ont été systématiquement les premier·ère·s touché·e·s par les pertes d’emploi lors de la pandémie. Dans chaque secteur économique ayant enregistré des pertes d’emploi, les travailleur·euse·s noir·e·s en ont payé le plus lourd tribut. Et lorsque les travailleur·euse·s noir·e·s ont conservé leur emploi, non seulement ils·elles sont plus susceptibles d’occuper des emplois mal payés et précaires, mais il·elle·s ont aussi trois fois plus de risques de mourir de la COVID-19. Nos communautés continuent de subir des attaques racistes dans les rues et d’être victimes de discrimination lors des arrestations et des contrôles effectués par la police. Dans ce contexte de pandémie, les Noir·e·s et les Asiatiques ont 54 % plus de risques que les blanc·he·s d’être verbalisé·e·s en raison des mesures contre le coronavirus.