Démocratie en péril en Haïti: les syndicats de l’éducation se mobilisent
â¯Le pays s’enfonce dans la violence, sous le regard indifférent de la communauté internationale. L’IEâ¯lance aujourd’hui une campagne de solidarité avec ses affiliésâ¯en Haïti.
Depuis de nombreux mois, Haïti est en proie à un chaos généralisé, marqué par la violence de gangs armés et la remise en cause des fondements démocratiques par la plus haute autorité du pays.
Les attaques contre la démocratieâ¯se succèdentâ¯â¯
Malgré que son mandat présidentiel ait pris fin le 7 févrierâ¯2021, Jovenelâ¯Moïse a décidé de s’accrocher au pouvoir une année de plus. Alors que le Parlement a cessé de fonctionner depuis plus d’un an, faute d’élections, il gouverne maintenant par décrets. Jovenel Moïse projette également la tenue d’un référendum visant à modifier la Constitution, alors même que cela est explicitement interdit par la Constitution du pays. Face à la multiplication de ces dérives autoritaires, de nombreuses organisations syndicales et de la société civile craignent une concentration de pouvoirs entre les mains du Président de la République. Elles estiment que le risque de voir Haïti basculer une nouvelle fois dans la dictature est réel et regrettent les réactions beaucoup trop timides de la communauté internationale, et notamment des représentant·e·s du Core Group*.
La violence généraliséeâ¯sème le chaosâ¯
La violence est maintenant omniprésente en Haïti. L’ensemble des syndicats et des organisations de droits humains font le même constat d’une instrumentalisation de gangs armés par le pouvoir. Les enlèvements, assassinats et viols perpétrés par ces gangs se multiplient de manière inquiétante.â¯
Cette violence généralisée paralyse les activités du pays et restreint fortement les libertés et les droits fondamentaux des élèves, des enseignant·e·s, des syndicalistes et de l’ensemble de la population haïtienne. L’augmentation du prix des denrées de base entraîne également une détérioration des conditions de vie de nombreuses personnes, dans un des pays déjà parmi les plus pauvres de la planète.
Impact important sur le droit à l’éducation
Comme l’ensemble des affiliés de l’IE en Haïti, Renéâ¯Prévilâ¯Joseph, secrétaire général de laâ¯Fédération Nationale des Travailleurs enâ¯Educationâ¯et en Cultureâ¯(FENATEC), est gravement préoccupé par l’impact de la situation sécuritaire sur les enfants, les enseignant·e·s et sur le droit à l’éducation. Il décrit: «â¯Des enfants sont exposés à la violence des gangs sur le chemin de l’école, un enfantâ¯a même étéâ¯kidnappé devant ses camarades à l’entrée de son école.â¯Des écoles sont ferméesâ¯dans certaines zones pour raison de sécurité.⯻ Et de conclureâ¯: «â¯Tous ces faits constituent un frein au développement socio-économique d'Haïti, lequel doit nécessairement passer par l'éducation et la formation.⯻
Magalie Georges, secrétaire générale de laâ¯Konfederasyonâ¯Nasyonalâ¯Anseyanâ¯Dayitiâ¯(CNEH), fait le même constat : «â¯Des directeurs d’écoles sont victimes de chantage. La situation économique prive les personnels éducatifs de ressources nécessaires pouvant assurer les frais de scolarité, de transport deâ¯leursâ¯enfants. Lesâ¯enseignant.e.sâ¯deviennent plus pauvres, cellesâ¯et ceux du secteur privé d’éducation sontâ¯privé.e.sâ¯de leur salaireâ¯lorsque les écoles sont fermées. »â¯
Les syndicatsâ¯sontâ¯empêchés de fonctionnerâ¯
La situation politique et sécuritaire actuelle affecte fortement le libre exercice des droits syndicaux essentiels.â¯â¯Les barrages routiers mis en place par les gangs armés rendent les déplacements dans le pays extrêmement dangereux et difficiles. Les responsables syndicaux ne sont plus en mesure de se rendre dans les provinces pour collecter les cotisations des membres. De plus, les dirigeant·e·s des syndicats continuent d’être la cible de mesures punitives, notamment de mutations arbitraires, les empêchant de mener à bien leurs activités légitimes.
En août 2020, le ministre de l’Educationâ¯Nationale et de la Formation Professionnelle Agénor Cadet avait opéré une mutation arbitraire de deux responsables syndicaux d’affiliés de l’IE, Magalie Georges et Georgesâ¯Wilbertâ¯Franck. Malgré la mobilisation massive desâ¯enseignant·e·sâ¯haïtien·ne·s, en grève tout au long du mois de septembre 2020,â¯et les actions entreprises par l’IEâ¯et ses affiliés, le ministre n’est jamais revenu sur sa décision.⯠« Aujourd’hui encore le Ministre de l’Educationâ¯Nationale continue de violerâ¯les droits des syndicalistes en lesâ¯mutant dans des zones très éloignées. Avec ces nouvelles vagues de répression,â¯les ponts sont totalement coupés entre le Ministère et l’ensemble desâ¯syndicats⯻,â¯commente Georgesâ¯Wilbertâ¯Franck, Coordinateur de l’Union Nationale des Normaliens/Normaliennes et Educateurs/Educatrices d’Haïti (UNNOEH).
Les syndicatsâ¯se mobilisent pour la démocratieâ¯
Faute deâ¯pouvoirâ¯dialoguer avec le ministre de l’éducation, les affiliés de l’IE ont dû revoir leur stratégie. Les syndicats de l’éducation se sont associés aux organisations de la société civile et de défense des droits humains pour réclamer le respect des valeurs démocratiques et des droits et libertés du peuple haïtien.â¯
«â¯Face à une telle barbarie qui règne actuellement en Haïti, le secteur syndical n’avait d’autre choix que de s’engager dans une résistance pour tenter de reconquérir les espaces démocratiques indispensables à l’exercice des libertés fondamentales⯻, explique Georgesâ¯Wilbertâ¯Franck.
Plusieurs grèves et manifestations d’ampleur ont été organisées depuis le début de l’année, mais la poursuite de la mobilisation est rendue difficile par la situation sécuritaire.â¯De plus, les affiliés de l’IE et les organisations de la société civile estiment que la mobilisation et les actions au niveau national ne suffiront pas à mettre fin aux atteintes à la démocratie. Ils réclament une réaction nettement plus ferme de la communauté internationale, en particulier des membres du⯠Coreâ¯Group, pour condamner le maintien au pouvoir et les dérives dictatoriales deâ¯Jovenelâ¯Moïse.
Appel à la solidarité de l’IE
L’Internationale de l'Education lance aujourd’hui une campagne pour renforcer le soutien à ses affiliés haïtiens dans leur lutte en faveur de la démocratie, du droit à l’éducation et de la liberté syndicale en Haïti. L’IE va se mobiliser sur plusieurs fronts avec l'ensemble de ses affiliés dans le monde, notamment via le renforcement de son action auprès des organes des Nations Unies, l’accentuation de la pression sur les autorités haïtiennes et les pays du Core Group, ou des actions de coopération au développement en soutien de ses membres.