L'IE Afrique appelle à une action urgente pour protéger les enseignants et les écoles contre les attaques
L’Internationale de l’Éducation Afrique (IE Afrique) a tenu une réunion en ligne le 30 avril 2026 afin d’aborder la recrudescence des attaques contre les enseignant·e·s, le personnel de soutien à l’éducation (PSE) et les écoles. La réunion s’est tenue sous le thème: « Les écoles doivent être des lieux sûrs pour toutes et tous»
À travers la région africaine et au-delà, de nombreux pays sont touchés par les conflits armés, la violence politique et le banditisme. Dans ces contextes, les enseignant·e·s, le personnel de soutien à l’éducation (PSE) et les apprenant·e·s sont confrontés à des assassinats, des enlèvements, des actes d’intimidation ainsi qu’à l’occupation militaire des écoles et des établissements d’enseignement. Ces attaques menacent la sécurité et le bien‑être des communautés éducatives et portent atteinte au droit à l’éducation.
Ouvrant la réunion, le Dr Dennis Sinyolo, Directeur régional de l’IE Afrique, a averti que les attaques contre l’éducation sont en augmentation et tendent à se normaliser. Il a déclaré:
“Les enseignant·e·s, le personnel de soutien à l’éducation et les écoles sont attaqués dans toute notre région. Les écoles, qui devraient être des espaces d’espoir et de transformation, sont transformées en lieux de peur et de destruction.”
Le Dr Sinyolo a souligné que « ces attaques ne sont pas accidentelles. Elles sont le résultat de défaillances systémiques dans la priorisation des investissements dans l’éducation publique, la protection des travailleurs et le respect des droits humains ». Selon lui, les enseignant·e·s paient souvent le prix le plus élevé lorsque les gouvernements n’investissent pas suffisamment dans l’éducation publique et les mécanismes de protection.
Présentant les politiques et résolutions de l’Internationale de l’Éducation sur la question, le Dr Pedi Anawi, Coordonnateur régional de l’IE Afrique, a noté que, malgré l’adhésion de nombreux gouvernements africains à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, sa mise en œuvre demeure faible. Les mécanismes de redevabilité sont limités et la voix des enseignant·e·s est souvent absente des débats nationaux sur les politiques éducatives et sécuritaires. L’IE Afrique a insisté sur la nécessité de combler l’écart entre les engagements politiques et l’action concrète.
Le webinaire s’inscrivait dans le cadre de la campagne de l'IE '' La force du public! Ensemble on fait école'', qui appelle les gouvernements à investir dans une éducation publique de qualité, dans les enseignant·e·s et dans des environnements d’apprentissage sûrs. L’IE Afrique a réaffirmé que des écoles sûres et des éducateur·rice·s protégé·e·s ne peuvent être garantis sans un financement public durable.
Des preuves centrées sur les enseignant·e·s en Afrique
La réunion a également examiné les conclusions d’une étude centrée sur les enseignant·e·s concernant les attaques contre les enseignant·e·s et les écoles en Afrique, commanditée par l’IE Afrique. La recherche s’appuie sur 358 réponses à une enquête provenant de 19 pays ainsi que sur des entretiens avec des informateurs clés au Cameroun, en République démocratique du Congo (RDC), au Mozambique, au Nigeria et au Soudan du Sud.
Présentant les résultats de l’étude, la chercheuse Tali Klein a expliqué que les attaques contre l’éducation ont des conséquences à la fois immédiates et à long terme. Celles‑ci comprennent l’interruption des apprentissages, l’épuisement professionnel des enseignant·e·s, les déplacements forcés et l’augmentation des taux d’abandon scolaire, en particulier chez les filles. L’étude met également en évidence un déficit de redevabilité : les attaques sont signalées mais sont rarement suivies d’actions ou de mesures de protection efficaces.
Au Nigeria, les attaques et les enlèvements ont entraîné des fermetures massives d’écoles et un nombre élevé d’enfants non scolarisés. Au Cameroun, les enlèvements d’enseignant·e·s ont poussé les éducateur·rice·s à fuir les régions touchées, aggravant les pénuries d’enseignant·e·s. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les conflits armés ont perturbé le paiement des salaires et conduit à la fermeture prolongée de milliers d’écoles.
La nécessité d’une réponse tridimensionnelle
Pour faire face à ces crises, l’étude propose une stratégie de protection à trois niveaux :
- une protection au niveau communautaire, comprenant le dialogue, l’alerte précoce et des mécanismes locaux de sécurité ;
- une action au niveau national, à travers la mise en œuvre intégrale, financée et appliquée de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles ;
- une redevabilité régionale et mondiale, impliquant l’Union africaine, les Communautés économiques régionales et les Nations Unies.
Les conclusions de l’étude visent à renforcer le plaidoyer mené par les syndicats et le dialogue politique avec les gouvernements, les Communautés économiques régionales, l’Union africaine, les agences des Nations Unies et d’autres parties prenantes, afin d’améliorer les mécanismes de protection des enseignant·e·s, du personnel de soutien à l’éducation, des apprenant·e·s et des établissements éducatifs.
La réunion a été marquée par des panels réunissant des dirigeant·e·s syndicaux·ales de pays touchés par les conflits, qui ont partagé des expériences nationales et mis en lumière les réalités vécues par les éducateur·rice·s et les apprenant·e·s sur le terrain. Les participant·e·s ont également pris part à des travaux de groupe visant à proposer des stratégies pour protéger les communautés éducatives et soutenir les personnes affectées par les conflits.
Dans ses remarques de clôture, le Dr Sinyolo a réaffirmé l’engagement de l’IE Afrique en faveur d’un plaidoyer et d’une solidarité continus. Il a déclaré que la protection des enseignant·e·s n’est pas optionnelle. Des écoles sûres ne sont pas un privilège. Ce sont des biens publics non négociables et des droits humains.
La réunion s’est achevée par un appel clair à l’action : Protéger les enseignant·e·s. Protéger les écoles. Financer l’éducation publique.